Yalumba The Signature Cabernet Sauvignon Shiraz Barossa 2022

Yalumba The Signature Cabernet Sauvignon Shiraz Barossa 2022
L'Australie qui te rappelle qu'elle joue dans la cour des grands, sans le steak BBQ pis le crocodile en arrière-plan.

Cabernet Sauvignon 51 % | Shiraz 49 % | Barossa Valley, Australie-Méridionale

Code SAQ : 15566058 | 94,25 $

Score Le Verre Noir : 95/100

Première impression

Bon. On va se le dire tout de suite.

Un assemblage Cabernet Shiraz d'Australie à 94 piasses, ça sonne comme la recette pour un vin de char d'assaut. Du fruit jusqu'aux yeux, du bois plein la yeule, pis un mal de tête qui commence avant la deuxième gorgée.

Sauf que là, non. Pantoute.

The Signature, c'est la cuvée vedette de Yalumba depuis 1962. Soixante-trois ans qu'ils refont la même affaire, vintage après vintage, et le millésime 2022 est apparemment un de leurs meilleurs à vie. Wine Advocate a sorti un 97 pour cette bouteille-là. C'est pas rien.

Tu verses ça dans le verre, c'est un rouge dense, opaque, avec des reflets violets qui te disent que t'as pas affaire à un petit Pinot timide. C'est sérieux.

Le nez

Première gorgée d'air pis t'as déjà compris qu'on est dans le haut de gamme.

Ça part avec des fruits noirs bien mûrs. Cassis, mûres, prune Doris (oui oui, je suis allé chercher ça, c'est une variété de prune australienne, fais-toi-en pas).

Pis ensuite ça se met à se complexifier comme un personnage de Denis Villeneuve. Cèdre, tabac, une petite menthe en arrière, du laurier, un peu de chocolat noir, pis ce truc bizarre que les critiques appellent une "fraîcheur côtière" même si la Barossa est à 300 km de la mer. Va comprendre.

C'est intense mais c'est pas tape-à-l'œil. Le genre de nez qui te garde occupé pendant 15 minutes juste à respirer.

La bouche

Là, c'est là que ça devient intéressant.

Le Cabernet donne la structure, l'épine dorsale, le côté un peu sérieux qui se tient droit. Le Shiraz arrive par derrière avec la chair, le velours, le côté juteux qui enrobe tout.

Les tanins sont fins, soyeux, comme du sable de plage qui se dépose tranquillement. Pas de tanins de pneu d'hiver qui te scient les gencives. C'est élégant.

Le tout finit long. Vraiment long. Tu prends une gorgée, tu déposes ton verre, tu vas vider le lave-vaisselle, tu reviens, tu goûtes encore le vin dans ta bouche. Ça finit pas.

À 14,5 % d'alcool, tu sentirais que c'est costaud, mais non. C'est tellement bien équilibré que l'alcool disparaît dans le portrait.

Pourquoi c'est différent

Le mariage Cabernet-Shiraz, c'est une affaire australienne. Les Français font pas ça. Les Italiens non plus. C'est une signature locale, comme la poutine au Québec, mais avec moins de fromage en grain.

L'idée, c'est que le Cabernet apporte la rigueur et la longévité, pis le Shiraz apporte le fruit pis le confort. Ensemble, ça donne quelque chose que ni l'un ni l'autre arriverait à faire tout seul.

Imagine Suzuki avec Demidov. Suzuki, c'est le Cabernet, c'est cérébral, c'est précis, c'est structuré. Demidov, c'est le Shiraz, c'est juteux, c'est fougueux, c'est imprévisible. Tout seuls, ils sont bons. Ensemble sur la même ligne, ils deviennent dangereux.

The Signature, c'est ça en bouteille.

Ce que disent les amateurs

Les critiques pros sont presque unanimes pis tout le monde tire dans la même direction.

Erin Larkin de Wine Advocate lui a donné 97 points en disant que c'était possiblement un de ses millésimes préférés à date. Wine Advocate, c'est pas le Journal de Mourial du vin, ces gens-là sont sévères.

James Halliday Wine Companion, la bible du vin australien, a sorti 96 points avec une étoile "Special Value". Quand Halliday dit "special value" sur une bouteille de 94 $, faut écouter.

The Real Review et QWine Reviews ont aussi donné 96. James Suckling, qui est plus serré ces dernières années, a quand même lâché 95.

Sur CellarTracker, les notes des amateurs pour les Signature plus vieux tournent autour de 91-93, avec du monde qui les garde 10-15 ans sans broncher. C'est un vin qui livre la marchandise immédiatement pis qui continue à se bonifier.

Personne dit que c'est de la marde. Pas un.

À table

Là tu sors les gros canons.

Côte de bœuf saignante avec un beurre maître d'hôtel. Souris d'agneau braisée pendant 6 heures. Magret de canard avec une réduction de cerises noires. Carré d'agneau aux herbes.

Si t'es plus végé, oublie pas que ce vin-là aime les champignons. Un risotto aux porcini avec une truffe râpée par-dessus, ça fait des miracles.

Évite le poisson. Évite le poulet brun. Évite tout ce qui est délicat. Ce vin-là va écraser tout ce qui se défend pas.

Tout seul, devant le foyer ? Oui mais avec un morceau de chocolat noir 70 % ou un cheddar vieilli 5 ans. Pas tout seul tout seul, c'est trop intense pour faire ça en sirotant.

Combien de temps tu peux le garder

C'est un vin de garde. Pour vrai.

Wine Advocate dit de le boire entre 2025 et 2052. Halliday parle de 2054. Ça donne 25-30 ans de potentiel devant lui.

Si tu l'ouvres maintenant, carafe-le au moins 1 heure. Idéalement 2.

Sa fenêtre idéale, à mon goût, c'est entre 2028 et 2040. C'est là que les tanins vont avoir fondu, que les notes tertiaires (cuir, sous-bois, tabac) vont avoir pris de l'expansion, pis que le fruit va encore être là.

Achète-en deux. Bois-en un dans 3 ans, garde l'autre 12 ans. Tu vas me remercier.

Le prix

94,25 $. C'est pas donné.

Mais quand tu regardes ce qui se vend dans cette zone-là, c'est quoi tes options ?

Un Bordeaux cinquième cru d'un millésime moyen. Un Châteauneuf d'un producteur correct mais pas trippant. Un Brunello d'entrée de gamme.

Ici, t'as un vin noté 95-97 par les pros, fait par un domaine de sixième génération, dans un des grands terroirs du monde. Le rapport qualité-prix tient la route.

C'est pas un coup de circuit comme un Crozes-Hermitage à 35 piasses. Mais c'est une bouteille honnête, à un prix honnête, pour ce que t'obtiens.

Pour qui

Le buveur qui en a marre de se faire dire que les vins d'Australie c'est juste du gros Shiraz pour brûler des burgers.

Le collectionneur qui veut une bouteille qui va tenir 20 ans dans la cave sans souci.

Le passionné qui aime quand un assemblage fait quelque chose que les variétés toutes seules font pas.

Celui qui invite des amis à souper pis qui veut une bouteille qui va impressionner sans tomber dans la frime parisienne.

Aussi : ceux qui, avec le ban américain à la SAQ qui est rendu permanent, cherchent une alternative sérieuse à leur Napa Cab à 100 $. Devine quoi ? L'Australie attend depuis 30 ans qu'on lui donne une chance.

Verdict

Le Signature 2022 de Yalumba, c'est un grand vin, point.

C'est pas un coup de circuit en bas du marché. C'est pas un vin "découverte" qui te surprend pour 25 piasses. C'est un vin de gamme haute qui livre exactement ce qu'on attend d'un vin de gamme haute. Avec un peu plus.

Le millésime 2022 est un des meilleurs jamais sortis selon les critiques, pis on a la chance de l'avoir à la SAQ pendant que le ban américain nous force à regarder ailleurs.

Si tu cherches une bouteille pour souligner quelque chose, ou pour mettre dans ta cave pour 2035, c'est une réponse solide.

C'est pas parfait. À 94 $, j'aurais aimé une longueur encore un peu plus marquée, peut-être un peu plus de tension. Mais on chipote.

95 sur 100. Achète, bois, range. Pas nécessairement dans cet ordre.

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