Château Mourgues du Grès Fleur d'Églantine 2025

Château Mourgues du Grès Fleur d'Églantine 2025
Un rosé bio à 22,75 $ qui a la finesse d'un vin à 40 $ et l'attitude d'un gars en gougounes. Pas de chichi, juste du plaisir.

Grenache, Mourvèdre, Syrah | Costières-de-Nîmes, Vallée du Rhône

Code SAQ: 14446441 | 22,75 $

Score Le Verre Noir: 93

Première impression

Tu sors la bouteille du frigo et la première chose que tu remarques, c'est la couleur. Pâle. Vraiment pâle. Genre pelure d'oignon avec un soupçon de rose. Si t'es habitué aux rosés qui ont l'air d'un Kool-Aid aux cerises, tu vas être surpris.

C'est voulu.

Le vin est fait par pressurage direct, ce qui veut dire qu'on presse les raisins rouges tout de suite au lieu de les laisser macérer avec les peaux. Résultat: peu de couleur, peu de tannins, beaucoup de fraîcheur. C'est la même logique qu'un bon rosé de Provence, sauf qu'on est à Nîmes et que la facture est plus douce.

Le nom vient de l'églantier, la rose sauvage qui pousse autour des vignes. Le domaine appartenait aux Ursulines de Beaucaire au 16e siècle, et « mourgues », en provençal, ça veut dire religieuses. Ça fait quand même une belle histoire pour un vin qu'on boit sur un balcon en mangeant des chips.

Le nez

Ça sent le petit fruit rouge frais. Fraise des champs, groseille, un peu de framboise.

Ensuite arrive une note d'agrume, quelque chose comme un zeste d'orange ou de pamplemousse, et une touche florale légère. La SAQ note aussi du melon et des épices dans ses fiches de dégustation.

Ce qui frappe, c'est que rien ne crie. Tout est en retenue. Tu dois mettre le nez dedans et prendre ton temps. C'est pas un vin qui te saute dessus comme un chien pas éduqué.

La bouche

Attaque vive et nette. Ça pique juste ce qu'il faut, sans virer au jus de citron.

Le fruit rouge revient, mais en version croquante. Pense à une fraise pas encore complètement mûre plutôt qu'à une confiture. La bouche est légère, délicate, et il y a une petite salinité en finale qui donne envie de reprendre une gorgée.

Le taux de sucre est sous 1,2 gramme par litre. Autrement dit: c'est sec. Sec sec. Aucune rondeur sucrée pour cacher les défauts. Quand un vin est aussi nu, il faut qu'il soit bien fait, sinon ça paraît tout de suite.

Ici, ça passe le test.

Et à 12,5 % d'alcool, tu peux en prendre deux verres sans faire une sieste imprévue sur le divan.

Pourquoi il est différent

Mettons les choses en perspective.

Un rosé de Provence classique, c'est souvent pâle, sec, élégant et facturé 28 $ à 35 $ parce que le mot « Provence » sur l'étiquette coûte cher. Fleur d'Églantine joue exactement dans ce style là, mais à 22,75 $, parce que Costières-de-Nîmes n'a pas encore le même pouvoir marketing.

Un Tavel, l'autre grand rosé du Rhône, c'est le contraire complet: foncé, costaud, presque un rouge léger. C'est un rosé de table, pas un rosé d'apéro. Fleur d'Églantine est beaucoup plus fin et plus aérien.

Un rosé californien de type White Zinfandel? Oublie ça. Ça, c'est sucré, ça goûte le bonbon, et ça n'a rien à voir.

Un rosado espagnol de Navarre ou de Rioja est généralement plus fruité, plus rond, plus généreux. Bon, mais moins précis.

Ce qui distingue celui ci, c'est le terroir. Les vignes poussent sur des galets roulés (les fameux « grès ») et des argiles rouges, et le domaine est assez près de la Camargue pour recevoir la brise marine. C'est ce qui donne cette petite touche saline et cette tension. Ajoute la certification bio et un producteur, François Collard, qui est reconnu depuis des décennies comme l'une des meilleures adresses de l'appellation.

C'est pas un rosé de piscine. C'est un rosé de table qui accepte de faire aussi le party.

Ce que le monde en dit

Sur la fiche SAQ, le vin affiche 100 % sur 7 avis. Petit échantillon, mais parfait, et surtout étalé sur cinq ans.

C'est ça, le vrai signal. Les avis vont de juillet 2021 à juillet 2025, donc sur cinq millésimes différents, et personne ne se plaint. Un rosé qui livre une année, ça arrive. Un rosé qui livre cinq années de suite, c'est un producteur qui sait ce qu'il fait.

Jacqueline S. (juillet 2025) y va sans nuance: « Le meilleur rosé que j'ai gouté à ce jour ! »

Francois T. (août 2022) écrit le commentaire le plus fin du lot: « Il vaut la peine parfois de s'attarder pour savourer non seulement le moment, mais également ce vin. Il est savoureux et avec une délicatesse qui vous surprend et ce, assez rapidement. Il peut se marier avec l'apéro et plusieurs plats principaux sans problème...et avec classe ! »

Ça résume le vin mieux que la moitié des fiches techniques que j'ai lues cette année.

Un thème revient souvent: l'absence de sucre. Isabelle D. (juillet 2021) écrit quatre mots, et c'est assez: « Parfait pas de sucre ». Sylvie g. (juillet 2021) est allée lire l'étiquette avant de commenter, elle mentionne les 1,2 g de sucre et parle de petits fruits qui arrivent en bouche. Quand des buveurs de rosé remarquent spontanément qu'un vin est sec, c'est parce qu'ils sont tannés du reste de la tablette.

Dannye D. (avril 2023) parle d'élégance et de rondeur en bouche. Marie-Line B. (août 2022) le décrit comme « doux, enveloppant et tellement agréable à boire » et annonce qu'elle s'en va en faire le plein. Petite nuance de ma part: « doux » ici veut dire tendre, pas sucré. Le vin est sec comme une joke de Yvon Deschamps. C'est la texture qui donne cette impression de douceur, pas le sucre.

Le seul commentaire négatif du lot n'en est pas vraiment un. Claire G. (avril 2024) trouve le vin bien balancé et ajoute: « Dommage que j'ai de la difficulté à me le procurer ». Traduction: le stock part vite.

Ajoute à ça les deux coups de cœur d'employés SAQ. Kevork T., de la succursale Henri-Bourassa Ouest, le recommande en apéro comme au repas, avec du saumon sur le BBQ ou des fruits de mer, et conseille d'en faire provision. Marie-Pier C., de la SAQ Sélection de Sorel, est encore plus directe: « À chaque année j'attends ce rosé avec impatience. »

Quand du monde qui vend du vin à longueur de journée attend une bouteille en particulier, écoute les.

Du côté des marchands étrangers, le discours concorde: fraise sauvage, groseille acidulée, note florale, finale saline. Un marchand new yorkais résume le style en disant que la couleur pâle annonce la couleur, c'est un rosé sec et gastronomique dans le moule provençal, pas de la barbe à papa.

Quoi manger avec ça

Tout seul en apéro? Absolument. C'est même là qu'il brille le plus. Sers le vers 8 degrés, pas plus froid, sinon tu tues les arômes.

Avec de la bouffe, il est d'une polyvalence rare. La SAQ suggère le guacamole avec des croustilles de maïs ou une salade avec du halloumi grillé, et honnêtement, c'est parfait.

Ajoute à ça: saumon sur le BBQ, crevettes à l'ail, salade niçoise, tarte à la tomate, poulet grillé aux herbes, légumes du jardin passés sur la grille. Le domaine mentionne aussi les plats sucrés salés comme le porc à l'ananas ou le poulet à l'orange, et ça marche à cause de l'acidité qui vient couper le sucre.

Ce qu'il faut éviter: une côte de bœuf saignante ou un ragoût de pattes. Le vin est trop délicat, il va disparaître.

Sushis, poke bowl, ceviche? Excellent aussi. La salinité fait le pont.

Combien de temps le garder

Bois le. Sérieusement.

C'est le millésime 2025, et un rosé de ce style est à son sommet dans les 12 à 18 mois qui suivent la récolte. Le domaine lui même recommande de le boire maintenant ou dans les deux ans maximum.

Traduction concrète: idéal pour l'été 2026, encore très bon à l'automne, et à partir de 2027 tu vas perdre exactement ce qui rend ce vin intéressant, c'est à dire la fraîcheur et le fruit croquant.

Il y a pas de trophée pour avoir gardé un rosé trois ans dans son sous sol. Y'a juste une bouteille fatiguée.

Le prix

22,75 $, bio, d'un des meilleurs producteurs de l'appellation.

Pour comparer: un rosé de Provence de qualité équivalente te coûte facilement 28 $ à 34 $. Le Château Vignelaure des Coteaux d'Aix se vend autour de 29 $. Le Caillou en Côtes du Rhône est à 27 $. Les deux sont excellents, mais tu payes 5 $ à 7 $ de plus.

Sous les 25 $, la compétition est mince quand on cherche cette précision là. Le Umberto Cesari Costa di Rose à 21,95 $ joue dans la même cour, mais dans un style italien plus fruité.

Ici, tu payes le prix d'un rosé ordinaire et tu reçois un rosé sérieux. C'est exactement ce qu'on cherche.

Pour qui

Pour celui ou celle qui trouve que les rosés goûtent souvent le jus sucré et qui a abandonné la catégorie par frustration. Reviens, on t'attendait.

Pour l'amateur de rosé de Provence qui veut arrêter de se faire vider les poches.

Pour le monde qui reçoit et qui a besoin d'une bouteille qui plaît à tout le monde sans être plate. Ta belle mère va aimer ça. Ton chum qui boit juste de la bière va aimer ça aussi.

Pour l'acheteur qui tient au bio sans vouloir un vin bizarre qui goûte le cidre de garage.

Par contre, si tu cherches un rosé riche, gras, avec du corps et de la puissance, va voir du côté d'un Tavel. Celui ci est bâti sur la finesse, pas sur les biceps.

Verdict

Fleur d'Églantine, c'est le genre de bouteille qui fait pas de bruit et qui livre à chaque fois. Pas de gadget, pas d'étiquette design à 400 $ de graphisme, juste un producteur qui sait ce qu'il fait depuis 30 ans et qui travaille en bio.

Le vin est sec, précis, salin, floral, avec du petit fruit rouge croquant et une finale qui reste. Il fait l'apéro, il fait le souper, il fait le BBQ.

À 22,75 $, achète en trois. Une pour tout de suite, deux pour les invités imprévus.

Un excellent rapport qualité prix dans sa catégorie, et une des meilleures raisons de pas payer 32 $ juste pour lire « Provence » sur une étiquette.

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