Château Musar 2018

Château Musar 2018
Le vin libanais qui a survécu à une guerre civile, mais est-ce qu'il va survivre à ton souper de samedi?

Cabernet-sauvignon, Cinsault, Carignan | Vallée de la Bekaa, Liban

Code SAQ : 15098670 | 77,75 $

Score Le Verre Noir : 93/100

Première impression

Avant même d'ouvrir la bouteille, il faut que tu saches une affaire.

Château Musar, c'est pas un vin normal. C'est le genre de bouteille que tu sors quand tu veux impressionner ton beau-frère qui pense que le vin commence à Châteauneuf-du-Pape et finit à Brunello. Tu lui sers ça, tu dis « Liban », et là tu regardes son cerveau planter comme un vieux Windows 95.

La famille Hochar fait du vin dans la vallée de la Bekaa depuis 1930. Ils ont continué à vendanger pendant la guerre civile libanaise, sauf en 1976 parce que, bon, les obus ça nuit aux raisins. Quand tu paies 77,75 $, t'achètes pas juste du jus de raisin fermenté. T'achètes une histoire pas mal plus solide que ta dernière relation amoureuse.

Le nez

Mets ton nez là-dedans pis attache-toi.

T'as des fruits rouges mûrs, presque confits. Cerise juteuse, framboise, un peu de mûre. Puis ça part dans une autre direction, complètement. Bouquet floral, un soupçon de cèdre en finale, et ce petit côté garrigue (les herbes sèches du Sud) qui rappelle le gibier sauvage et la garrigue méditerranéenne.

C'est exotique mais frais. C'est un vin civilisé, comme disent les Européens sur CellarTracker, mais carrément Musar.

Si t'aimes les vins propres, polis, prévisibles, garde tes 78 piasses pis va acheter du Ménage à Trois.

La bouche

C'est là que ça devient intéressant.

Le 2018, c'est un millésime étonnamment accessible pour un Musar. Plusieurs amateurs disent que c'est le meilleur Musar jeune qu'ils aient goûté. La bouche est riche, presque fruit punch (et je veux dire ça comme un compliment), avec une explosion de bleuets, framboises, cerises juteuses, et une touche savoureuse de tamari (oui, comme dans la sauce soya japonaise), de grenade, et une finale qui rappelle un vinaigre balsamique de framboise.

Acidité fraîche. Tannins fins, presque souples, du genre qui te prend la joue sans te faire la morale. Beaucoup de résonance et de longueur en finale.

C'est un Musar avec ses bottes de cowboy enlevées. Confortable. Ouvert. Pas pressé.

Ce qui rend ce vin différent

Tout.

Premièrement, c'est libanais. Deuxièmement, c'est un assemblage de cabernet-sauvignon avec du cinsault (34 % et 33 % respectivement) plus une touche de carignan, ce qui est aussi commun en France qu'une poutine au caviar. Troisièmement, les Hochar font ça à l'ancienne : fermentation avec les levures indigènes, pas de filtration, pas de collage, sulfites au minimum. Le vin est élevé sept ans avant d'être mis en vente.

Sept ans. Pour comparaison, ton iPhone, tu vas le changer trois fois pendant ce temps-là.

Le résultat? Un vin qui ressemble à rien d'autre. Si Bordeaux et le Rhône avaient un enfant qui a grandi à Beyrouth en écoutant Fairouz pis du jazz, ça donnerait Musar.

C'est le Brendan Gallagher de la cave à vin. Pas le plus gros, pas le plus flashy, mais il joue son propre style depuis 15 ans, il se fait brasser, il revient, et il finit toujours par marquer un but qui change la game.

Ce que disent les amateurs

Sur CellarTracker, le 2018 fait jaser, et c'est correct comme ça.

Les fans tripent fort. Un dégustateur dans un restaurant aux Pays-Bas a noté une « belle typicité, civilisée mais très Musar, gibier et garrigue, fruit de cerise juteux, exotique mais frais, tannins accrocheurs mais souples, finale sèche avec une excellente résonance ». Un autre est encore plus enthousiaste : « le meilleur Musar jeune que j'ai goûté ». D'autres parlent de notes florales lumineuses, de fruits noirs et d'épices, d'un vin « absolument prêt à boire » mais qui peut attendre encore.

Le débat dans la communauté, c'est sur le potentiel de vieillissement. Plusieurs notent que ce millésime est inhabituellement approchable pour un Musar, ce qui fait poser la question : est-ce que c'est un nouveau style? Est-ce qu'il va vieillir comme les légendes du domaine (genre le 1991)? Un dégustateur d'une demi-bouteille trouvait même le vin « peut-être un peu trop sucré » et doutait qu'il atteigne la complexité d'un grand Musar mature.

Vinous donne 91. La moyenne CellarTracker de la maison tourne autour de 89,6 points, ce qui est sévère mais reflète une communauté exigeante qui a des bouteilles légendaires en mémoire.

À table

Là où Musar brille, c'est avec la nourriture qui a du caractère.

Côte de bœuf grillée au charbon de bois? Mariage légendaire. Un amateur sur CellarTracker l'a aéré une heure et l'a accompagné d'un « copieux souper de bœuf ». Agneau au romarin, agneau aux herbes, agneau à toutes les sauces? Va-z'y. Tajine de bœuf aux pruneaux? Évidemment. Magret de canard avec une sauce aux figues? Tu m'en redonnes.

Pour les végé : champignons portobello grillés, baba ghanoush en accompagnement, légumes rôtis avec du za'atar et de l'huile d'olive. Le Musar adore les épices méditerranéennes.

Tout seul? Oui, mais carafe-le 1 à 2 heures avant. Et donne-toi du temps. C'est pas un vin que tu siffles devant un épisode de Severance. C'est un vin avec lequel tu jases.

Potentiel de garde

Honnêtement? T'as deux écoles.

École accessible : bois-le entre maintenant et 2030. Il est ouvert, expressif, fruité. Plusieurs sur CellarTracker disent qu'il est déjà à boire et que le 2018 a un profil plus immédiat que d'habitude.

École traditionnelle Musar : la maison elle-même recommande d'attendre 15 ans après la récolte avant d'ouvrir leurs Musar Rouge. Donc 2033 minimum. Certains millésimes de Musar tiennent 40 ans sans broncher.

La grande question avec le 2018 : est-ce que sa nature accessible va se traduire en garde longue, ou est-ce qu'il va plafonner plus tôt? Personne le sait encore. Mon conseil? Achètes-en deux si tu peux. Un pour ce printemps, un pour ton 50e anniversaire (ou celui de quelqu'un d'autre, je te connais pas).

Positionnement prix

À 77,75 $, on est dans la zone des bouteilles sérieuses.

Pour le même prix tu peux acheter un Bordeaux classé bourgeois correct mais oubliable, un Rioja Gran Reserva, ou un Brunello d'entrée de gamme. Tu sais ce que t'as pour ton argent avec ceux-là.

Musar, c'est complètement différent. Tu paies pas juste un vin, tu paies une expérience, une histoire, et un style unique au monde. À ce prix-là, c'est pas une aubaine criante, mais c'est une bouteille qui te donne quelque chose que tu trouveras nulle part ailleurs.

Pour 78 piasses, c'est juste.

Pour qui

Pour le buveur curieux qui en a marre des cabernets californiens qui goûtent tous la même affaire (et qu'on n'a plus à la SAQ de toute façon, merci Trump). Pour celui qui aime les vins avec du caractère, des aspérités, une personnalité. Pour le beau-frère susmentionné si tu veux gagner Noël. Pour les amateurs qui veulent un vin profond sans tomber dans le Bordeaux générique.

À éviter : si tu cherches un fruit-bombe propre et linéaire. Si tu trouves que « gibier » c'est juste pour les chasseurs. Si tu bois ton vin froid devant Netflix sans y penser.

Verdict

Le Château Musar 2018, c'est un vin qui te demande quelque chose en retour.

Du temps. De l'attention. Une assiette qui se respecte. Un beau-frère à impressionner. Mais quand toutes ces étoiles s'alignent, c'est une des bouteilles les plus distinctives que tu peux trouver à la SAQ pour moins de 100 $.

Un 93 mérité. Pas un coup de circuit unanime, mais un vin qu'on n'oublie pas.

Et dans un monde où la SAQ a sorti tous les vins américains des tablettes en 2025, c'est peut-être le moment idéal pour aller voir ce qui se passe ailleurs. Genre, dans la Bekaa.

Santé.

Faites partie du club

Vous aimez ce qu'on écrit? Vous allez (sûrement) aimer notre infolettre.